L’école s’éveille !

NOUVEAUX ENFANTS – NOUVELLES PÉDAGOGIES

L’école s’éveille !

Article rédigé pour l’INREES, septembre 2017
Par Claire Eggermont – Version longue

 

Les pédagogies alternatives ont le vent en poupe. En 2016, en France, près d’une centaine d’écoles se sont créées autour d’elles. Si la plupart se revendiquent des courants les plus connus comme Montessori, Steiner ou Freinet, d’autres types d’établissements se développent comme c’est le cas des écoles démocratiques. Et au sein même de l’éducation nationale, un nombre croissant de professeurs se tournent vers des pratiques visant à favoriser le bien-être et l’épanouissement des élèves. Quelques milliers d’instituteurs du primaire sont aujourd’hui affiliés au mouvement Freinet. Côté maternelle, la dynamique lancée par Céline Alvarez prônant le respect des lois naturelles de l’enfant fait boule de neige, comme ses congrès font salles combles. Parallèlement, l’instruction en famille et les associations parentales sont de plus en plus répandues avec une hausse de 30% depuis 2010… Que se cache-t-il derrière ce foisonnement d’initiatives ? Simple phénomène de mode ou véritable révolution de nos modèles éducatifs ? De manière sous-jacente, un éveil de conscience serait-il à l’œuvre imposant aux profs comme aux parents l’obligation de s’adapter aux nouveaux enfants d’aujourd’hui ?

L’épanouissement de l’enfant au centre du projet éducatif

« Nous avons retiré notre fils de l’éducation nationale car il vivait des choses difficiles à l’école et était très malheureux. Son état était devenu plus qu’inquiétant, nous l’avons pris au sérieux », témoignent Eve et Alain qui pratiquent aujourd’hui l’instruction en famille dans un petit village des Cévennes. Comme eux, de plus en plus de parents sont interpellés par le mal-être vécu par leurs enfants à l’école, souvent associé à des troubles du comportement (angoisse, agressivité, hyperactivité, etc.) ou à des difficultés d’apprentissage. D’après différentes études[i], un élève sur dix se sent en souffrance ou en danger à l’école et la même proportion est étiquetée comme « dys », à savoir considérée comme atteinte d’un trouble cognitif spécifique. «Mise à part la dyslexie devenue un grand classique, les autres formes de dys étaient jusque là réservées à des pathologies graves, souvent séquelles d’accidents. Que se passe-t-il ? La santé mentale de nos jeunes s’est-elle à ce point détériorée ? Existe-t-il encore des enfants qui échappent à de tels diagnostics ? Et si tous ces troubles n’étaient que les révélateurs de quelque chose de beaucoup plus profond, à la fois résultante de nos choix et émergence d’un paradigme nouveau ? » questionne la psychologue clinicienne Marie-Françoise Neveu dans son dernier livre sur le sujet. D’après elle, les spécificités des enfants actuels sont mal interprétées par les médecins. Il ne s’agirait pas de pathologies mais de nouvelles aptitudes cognitives présageant une évolution de l’espèce humaine. « Contrairement aux générations précédentes, les enfants actuels utilisent majoritairement leur hémisphère cérébral droit, explique-t-elle, et fonctionnent essentiellement de manière sensible, intuitive et créative. »

Ses constats sont partagés par beaucoup d’autres, dont Antonella Verdiani, responsable des questions d’éducation à l’UNESCO pendant près de vingt ans et initiatrice du Printemps de l’éducation. Elle aussi soutient que les générations d’aujourd’hui naissent avec un degré de sagesse innée, une ouverture psychique et une conscience globale inédites. « Inutile d’imposer quoique ce soit à des êtres pareils !, s’exclame-t-elle. Une relation éducative basée sur l’adulte dominant et détenteur du savoir et l’enfant inférieur et ignorant ne tient plus la route. La conscience de l’ « homme du futur » est en train de s’incarner. Les enfants d’aujourd’hui ont besoin d’une éducation à la mesure de cette nouvelle humanité, une éducation dont le but ultime est la réalisation de Soi. » Les initiatives éducatives novatrices qui se développent partout dans le monde, et plus récemment en France, vont dans ce sens. Bien que multiples et variées, elles replacent toutes l’enfant et son épanouissement au centre du projet éducatif. Elles remettent en cause le système conventionnel, son esprit de compétition et de performance, ainsi que la peur et le stress que cela engendre. Elles mettent en œuvre des pédagogies actives et bienveillantes, dans lesquelles la curiosité et le plaisir deviennent les moteurs de l’apprentissage, et le bien-être le principal indicateur de réussite. « Chacun de nous recèle un don, un talent inné qui, s’il est respecté et honoré, nous transformera en un être humain heureux. L’éducation a le devoir de reconnaitre ce trésor et de le révéler. L’enjeu n’est rien d’autre que l’accomplissement d’un monde de paix », écrit Antonella Verdiani dans son livre Ces écoles qui rendent nos enfants heureux.  Dans l’association La Chrysalide qu’ils ont créée pour s’entraider avec d’autres parents faisant l’instruction en famille, Eve et Alain ont choisi eux aussi de mettre l’accent sur l’éveil de l’être. « Non seulement l’accès à l’être n’est pas garanti par l’école publique, mais il semble même qu’il soit empêché par la pression des programmes et des notations.  Il est fondamental pour nous que nos enfants  développent leur libre arbitre et apprennent comment rester proches de leur être. C’en est fini de l’enfant objet, l’enfant singe, l’enfant passif qui doit assimiler tout par cœur.»

Favoriser l’autonomie au sein d’un environnement riche et bienveillant

Alors concrètement, comment fait-on pour soutenir l’épanouissement des enfants ? « On les laisse faire et on leur fait confiance ! » répond la majorité des pédagogues de ces nouveaux courants. Si certains d’entre eux l’avaient déjà compris il y a plusieurs décennies, la science le confirme aujourd’hui : l’enfant apprend quand il est actif et quand il fait les choses qu’il aime. Respecter son autonomie serait donc une clé de l’apprentissage et pour que cela fonctionne, elle doit pouvoir se déployer dans un environnement riche et bienveillant.  Déjà, au début du siècle, Maria Montessori estimait que la juste réponse éducative à l’esprit absorbant de l’enfant consistait en une aide indirecte de l’adulte, de par la préparation d’un environnement adapté à la taille et à la force de l’enfant l’invitant à l’auto-activité. L’approche pédagogique qu’elle a élaborée est au centre de plus de 22 000 écoles dans le monde. En France, une dizaine s’ouvre chaque année, et l’apport de la doctoresse italienne inspire de plus en plus de professeurs de l’éducation nationale. Créée il y a seulement deux ans, l’association Public Montessori fédère déjà une cinquantaine de groupes départementaux dont le but est de soutenir la diffusion de la pédagogie dans les écoles publiques. « Notre liberté pédagogique d’enseignants du primaire nous permet de faire le choix responsable de cet environnement qui respecte les programmes et instructions officielles tout en permettant aux enfants de développer harmonieusement leur savoir-faire et savoir-être », témoigne Bénédicte, déléguée départementale de la Haute Garonne.

Dans le rapport de l’OCDE intitulé « Comprendre le cerveau », les neuroscientifiques Jellemer Jolles et Stanislas Dehaene insistent sur le rôle crucial des émotions dans le processus d’apprentissage. La joie et le plaisir stimuleraient les zones de la mémoire. A l’inverse, en situation de stress ou de peur, l’amygdale cérébrale prendrait le dessus, bloquerait l’activité du cortex et donc le processus de mémorisation. Pour Céline Alvarez, « il est grand temps que l’éducation respecte ces lois naturelles du développement de l’être humain. Finalement, pour aider l’enfant à acquérir les compétences exécutives[ii] grâce auxquelles il pourra se structurer harmonieusement et d’atteindre les objectifs qu’il se fixe, il suffit de lui permettre de faire par lui-même, en restant à ses côtés, puis en s’effaçant progressivement.» Dans l’expérience qu’elle a menée pendant trois ans au sein d’une école maternelle située en Zone d’Education Prioritaire à Gennevilliers, elle laissait chaque jour les enfants libres de choisir leurs activités et de s’y consacrer autant de temps qu’ils le souhaitaient. Elle les encourageait à évaluer eux-mêmes leur travail et à trouver seuls des solutions appropriées aux difficultés rencontrées au quotidien (gérer un conflit avec un autre enfant, dérouler et ranger un tapis, identifier une émotion pour se calmer, demander de l’aide à un ami, etc.). Les résultats obtenus sont étonnants : dès l’âge de 4 ans, la plupart des enfants lisaient et faisaient des opérations mathématiques à quatre chiffres sans difficulté. « Mais ce qui m’a le plus surprise fut le développement d’une personnalité lumineuse, généreuse, empathique, altruiste, calme et pleinement autonome », témoigne l’institutrice à qui l’Education nationale a imposé de cesser son expérience sans raison apparente, provoquant l’étonnement et le désarroi des parents convaincus des bienfaits de l’expérience… Mais Céline Alvarez garde espoir et continue à diffuser le message autour d’elle : le jeune enfant dispose d’une passion naturelle pour l’exploration et il est essentiel que nous, adultes, le laissions libre de se développer selon ses propres rythmes, désirs et talents. 
Question de liberté…

La question fondamentale de l’exercice de la liberté en matière d’éducation est donc posée. « Car rien ne s’enseigne que l’enfant ne désire apprendre », interpelle Antonella Verdiani. Et c’est sur ce credo que de nombreuses écoles alternatives s’organisent. D’une manière générale, elles tendent à respecter et à éveiller la liberté de l’enfant, que ce soit sa liberté de mouvement (en cessant par exemple de l’obliger à rester assis), mais aussi sa liberté de pensée et d’expression. L’enfant est considérer dans toutes ses dimensions et ces nouvelles pédagogies essaient de faire en sorte qu’elles soient toutes nourries. Alors que l’ancien système refusait les rires comme les pleurs sur les bancs de l’école, les émotions sont ici accueillies, nommées et respectées. « Ces écoles n’entendent pas former des ouvriers ou des petits soldats de l’économie. Elles éduquent à la liberté intérieure et c’est peut-être pour ça qu’elles dérangent », poursuit Antonella.

La liberté d’être soi requiert une importance toute particulière au sein des écoles Steiner. Les professeurs appelés « pédagogues » estiment que la transmission de savoirs ne suffit pas et qu’il est de leur devoir d’offrir à l’enfant la possibilité d’explorer le monde sans lui donner de réponse toute faite. Le « maître » retrouve ici le sens noble de sa vocation, celui qui guide et non celui qui impose. En éveillant sa conscience propre, l’enfant trouvera la ressource pour avancer dans un monde incertain et y frayer son propre chemin. Regroupant plus de 2000 jardins d’enfants et 1000 écoles dans le monde, dont la toute première a été fondée en 1919, la pédagogie Steiner a fait ses preuves. Les études menées auprès des anciens élèves révèlent des adultes à l’écoute d’eux-mêmes, dotés d’une grande faculté d’adaptation et désireux de se maintenir dans une dynamique vivante et nourrissante. « On en retrouve dans toutes les sphères professionnelles mais surtout dans des postes où ils se sentent autonomes et nourris intérieurement, nous explique Lucie Iskandar de la Fédération des écoles Steiner. L’aspect artistique et créatif de l’éducation qu’ils ont reçue se place au service de leur projet de vie. »

« Élever » des citoyens libres et conscients… Voilà l’espoir porté par ces « nouvelles écoles », toutes animées par le même idéal mais toutes différentes dans leur manière de le mettre en actes. La question de la liberté de l’enfant fait débat. Jusqu’où la respecter ? Est-elle compatible avec l’idée de socle commun de connaissances à acquérir ? Même si l’on choisit de faire confiance à l’enfant, y-a-t il des limites et des fondamentaux à lui imposer ?  Le débat est houleux. Pour le courant des écoles démocratiques, il est nécessaire de nous libérer complètement des programmes et des rythmes scolaires en faveur d’apprentissages autonomes et informels. « Laissons les enfants être, ils apprendront tout ce qu’ils ont à apprendre et davantage encore si nous ne nous en mêlons pas, à moins qu’ils nous le demandent », écrit Daniel Greenberg dans son dernier livre relatant l’histoire de l’école Sudburry Valley qu’il a fondée en 1968 dans le Massachussetts. Pionnière des écoles démocratiques, elle a essaimé dans le monde entier et propose une alternative radicale à l’éducation conventionnelle. Ici, pas de cours, pas de programme, aucune matière obligatoire, aucune activité imposée. Les enfants font ce qu’ils veulent de leur temps, tous les jours et toute l’année. Ils évoluent au sein d’un collectif d’âges mélangés donnant un pouvoir égal aux élèves et aux éducateurs pour voter ensemble toutes les décisions de gestion de l’école. A travers les activités ordinaires, les conversations, les débats, les jeux libres, la résolution des conflits, mais aussi des projets et des recherches qu’ils décident eux-mêmes de mener, « ils apprennent tout ce dont ils ont besoin, affirme Ramïn Fahrangi, ingénieur fondateur de l’école dynamique de Paris. Et ils acquièrent par l’expérience une compréhension profonde des enjeux complexes du vivre-ensemble et de la responsabilité de chaque individu au sein d’un collectif. » Les 50 ans d’expérience de l’école Sudburry Valley réduisent à néant le préjugé selon lequel les enfants qui ne seraient ni guidés, ni contraints stagneraient dans la fainéantise. « Quand un groupe d’enfants de 9 à 12 ans sont venus me voir pour apprendre l’arithmétique, raconte un professeur, ils étaient si motivés qu’en vingt heures de cours, ils avaient couvert l’ensemble du sujet, ce qui demande généralement six ans. » Au final, près de 90% des élèves de l’école ont poursuivi leurs études à l’université. S’ils sortent de l’école sans aucun livret scolaire ni aucune évaluation, « ils ont davantage : leur force intérieure, leur connaissance d’eux-mêmes, leur détermination. »

L’idée de liberté totale n’est pas partagée par tous les protagonistes de ces nouveaux courants. Certains estiment qu’il est nécessaire et possible de concilier la rigueur et la bienveillance. Pour Isabelle Peloux, fondatrice de l’école du Colibri dans la Drôme, « certains enfants cherchent tout seuls le savoir, d’autres non. Et ceux-là ont besoin d’un accompagnement. »  Eve et Alain rappellent que pour Maria Montessori, le premier besoin de l’enfant est le sentiment de sécurité. D’après eux, «  le professeur n’est pas là pour simplement suivre les désirs de l’enfant mais doit être un chef d’orchestre qui permet aussi à l’enfant de ne pas s’égarer. »
Cultiver l’intériorité pour inspirer le monde de demain

Être libre, être soi, c’est d’abord savoir descendre en soi, et c’est dans cette attention portée à l’intériorité de chaque être que les pédagogies dites alternatives opèrent une véritable révolution. Car, comme le dit le philosophe Abdennour Bidar, jusque là, « nos systèmes éducatifs étaient désespérément superficiels et utilitaires. Ils se préoccupaient de former l’individu au monde extérieur au lieu de l’éveiller à la dimension créatrice de l’intériorité. » C’est ainsi que depuis quelques années, la méditation, la pratique de la pleine conscience, les ateliers philo, le yoga et la relaxation ont fait leur entrée à l’école, dans le privé comme dans le public. Là encore, les recherches en neurosciences appuient la démarche : la méditation pratiquée depuis la petite enfance permettrait de diminuer l’anxiété, de mieux canaliser l’attention, d’augmenter la concentration et d’améliorer la mémoire. « Prêter attention au souffle respiratoire pacifie l’esprit et favorise une meilleure cognition », confirme Philippe Filliot, enseignant et intervenant dans l’association RYE (Recherche sur le Yoga dans l’Education), agréée par le Ministère de l’éducation nationale. Pour lui, pratiquer le yoga avec les enfants n’est pas une fin en soi mais un moyen pour mieux apprendre, mieux être et mieux vivre ensemble. De son côté, Marine Locatelli développe la pleine conscience dans les établissements scolaires. « Dans des contextes où la violence verbale et physique est courante, la pleine conscience provoque apaisement et ouverture du cœur », partage-t-elle dans la revue Ultreïa. De simples petites pauses « respiration » à différents moments de la journée permettraient déjà aux enfants de retrouver un meilleur contrôle de soi et une plus grande ouverture aux autres et favoriseraient un climat de détente et de bien-être au sein des écoles. Certains établissements ont choisi d’en faire une priorité, comme c’est le cas du collège François Mitterrand de Moissac qui a financé la formation d’une vingtaine de ses professeurs à la pleine conscience.

« L’amélioration du monde, et notamment la lutte contre le fanatisme, passe par l’éducation des enfants, et principalement par l’éveil de leur conscience morale, de leur capacité à gérer leurs émotions et à développer une lucidité et une sérénité intérieures », affirme Frédéric Lenoir, à l’origine du foisonnement d’ateliers philo dans les écoles ces dernières années. Après une introduction méditative, les animateurs formés par sa fondation SEVE interpellent les enfants avec des questions aussi diverses que « Qu’est ce qu’une vie réussie ? », « Qu’est ce qu’un ami ? », « Faut-il répondre à la violence par la violence ? », « Aimer, ça veut dire quoi ? ». Les enfants sont ensuite invités à s’exprimer librement en sachant que leurs idées ne seront ni jugées ni évaluées. Résultat ? Ils apprennent à dire leur pensée et à respecter celle des autres et révèlent un enthousiasme profond à sonder des questions existentielles. A l’école du Colibri, Isabelle Peloux croit aussi que « la paix et la citoyenneté, ça s’apprend ! ». Outre des ateliers philo, elle propose à ses élèves de l’art, du chant, des exercices corporels, des petits massages, des temps de recentrage, etc. afin que chacun apprenne à s’occuper de ses propres besoins, mais aussi des jeux coopératifs et des temps de vivre ensemble.  « Pour moi, la coopération c’est l’art d’être en paix en même temps avec soi, avec les autres et avec l’environnement », nous confie-t-elle.

Un espoir pour demain ?

Que ce soit pour accompagner les enfants à se réaliser dans l’entièreté de leur être ou pour les préparer aux grands défis du monde de demain, toutes ces initiatives apparaissent comme véritablement porteuses d’espoir. Mais alors peut-on espérer qu’elles se déploient au point de devenir le modèle éducatif de demain ? Pour le moment, les freins sont encore nombreux, à commencer par l’enjeu financier. La grande majorité des écoles alternatives sont hors-contrat et donc financées par les parents. De son côté, l’Education nationale n’alloue que très peu de budget à la formation des enseignants. Ceux qui s’intéressent aux méthodes alternatives doivent donc la prendre en charge par eux-mêmes, ainsi que le matériel pédagogique associé. De plus, ils portent souvent leurs initiatives de manière isolée et se heurtent parfois au manque de soutien de leur équipe comme en témoigne Hélène, institutrice de maternelle à Paris : « Mon ATSEM n’avait aucun intérêt pour cette démarche et me regardait avec des yeux ronds à chacune de mes initiatives. J’essayais d’avoir toujours une posture bienveillante à l’égard des enfants mais elle, continuait à crier et à tenir à ses habitudes.  Finalement, ce fut décourageant pour moi car cette pédagogie demande une grande présence de l’adulte et seul, ce n’est pas simple ! »

Selon la spécialiste Marie-Laure Viaud, docteur en sciences de l’éducation, le principal frein est avant tout politique. Car ces pédagogies forment des esprits critiques et mettent l’accent sur la responsabilité individuelle et collective : « en un mot, elles forment des citoyens capables d’une contestation active de la société ». Il n’en reste pas moins que les méthodes qui essaient de s’adapter au plus près à l’unicité de chaque élève ont maintenant fait leur preuve. D’après les expériences menées au sein de la FESPI (Fédération des établissements scolaires publics innovants), elles permettent même aux élèves « décrocheurs » de retrouver confiance en soi et capacité à se projeter. Pour Catherine Noyer, présidente, il est important et urgent qu’elles sortent de la marginalisation « car tous les enfants et ados ont droit au bien-être à l’école.  Pour cela, il serait bon de sortir des réformes imposées d’en-haut, de soutenir les initiatives par le bas et d’encourager l’autonomie des équipes dans chaque établissement. » L’enjeu en vaut la peine car, comme le dit Céline Alvarez, si nous nous engageons collectivement à ne plus piétiner les lois biologiques qui conditionnent le développement humain, il est fort probable que nous soyons témoins de quelque chose de grandiose : « une levée d’êtres humains aux potentiels cognitifs, sociaux, émotionnels et créatifs pleinement déployés, qui seront en capacité de construire, avec intelligence, discernement et bienveillance, une société nouvelle. »

 

A LIRE

  • Ces écoles qui rendent nos enfants heureux, Antonella Verdiani, éd. Actes Sud, 2012.
  • Les enfants actuels, Marie-Françoise Neveu, éd. Exergue, 2006
  • Les lois naturelles de l’enfant, Céline Alvarez, éd. Les Arènes, 2016
  • NOUVEAUTE : L’école de la liberté, un modèle d’éducation autonome et démocratique, Daniel Greenberg, Mama éditions, 2017

 

 

[i]  Etude de l’Observatoire international de la violence à l’école pour l’Unicef (2011), et étude menée par la Fédération Française des Dys (2016)

[ii] Les fonctions exécutives sont essentielles, ce sont les compétences cognitives qui nous permettent d’agir de façon organisée pour atteindre nos objectifs. Les experts en relèvent trois principales : la mémoire de travail, le contrôle inhibiteur et la flexibilité cognitive.

 

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