Le combat du peuple Suruí pour la sauvegarde de l’Amazonie

Par Claire Eggermont
Extrait de l’article paru dans Sacrée Planète n°71, août-sept 2015

Quarante-cinq ans après son premier contact avec les Blancs, le peuple indigène brésilien des Suruí-Paiter a su faire face aux invasions désastreuses des prospecteurs miniers, déforesteurs clandestins et autres agents du « développement » pour regagner son indépendance et sauvegarder une partie de ses terres ancestrales. Dans son dernier livre Sauver la Planète, Corine Sombun se fait le porte-parole de leur chef Almir Narayamoga Suruí, considéré comme l’un des plus grands activistes autochtones d’Amérique du Sud. Au péril de sa vie, il a mis en place un plan exemplaire de gestion durable de la forêt, déjà adopté par une cinquantaine de tribus voisines. S’appuyant sur le soutien logistique et financier de grandes ONG et entreprises, il témoigne que tradition et modernité peuvent coopérer pour le bien commun de l’humanité.

Une prophétie ancestrale racontait qu’un jour un serpent géant viendrait engloutir le peuple Suruí dévastant sur son passage l’ensemble de son environnement… Un matin de 1969, les membres de la tribu virent à l’horizon de leur vallée les arbres tomber, « avalés par la bouche d’un énorme serpent à tête jaune. Ils ont sagement observé l’animal, pensant qu’il serait bientôt repu. Mais rien ne semblait pouvoir l’arrêter… »

C’est ainsi que la route BR364 fit intrusion dans l’état du Rondônia, ouvrant la voie à l’exploitation sans retenue des terres encore vierges du nord-ouest de l’Amazonie brésilienne. Cela marqua le premier contact des Suruí avec les Blancs. Leur tribu comptait alors 5000 membres répartis sur plus de deux millions d’hectares. Trois ans après, seuls 240 d’entre eux avaient survécu aux épidémies importées par les colons. Ce désastre, vécu comme un anéantissement programmé, ne fut que le premier d’une longue série d’épreuves auxquelles les Suruí allaient devoir se confronter.

Un eldorado désastreux

Début 1970, l’exploitation des ressources minières de la région fut confiée à la FUNAI1 – organisme succédant au Service de Protection des Indiens –. Des milliers de colons envahirent la forêt, chercheurs d’or et de diamant, petits fermiers du Sud du pays attirés par ce nouvel eldorado ou spéculateurs immobiliers n’hésitant pas à éliminer violemment leurs adversaires. Les scieries, élevages et cultures intensives de riz et de café se démultiplièrent tandis que les tribus indiennes subissaient génocides ou campagnes de séduction achetant les arbres de leurs terres ancestrales contre divers présents et « pots-de-vin ». Certains inspecteurs de la FUNAI qui avaient pour mission officielle de gérer au mieux les relations entre indigènes et migrants et d’apporter protection aux Indiens s’adonnèrent eux-mêmes à ces actes de corruption.

Après de multiples luttes et revendications, en 1981, la justice se positionna pour l’expulsion des colons du territoire Suruí mais cet espoir fut annihilé par le vaste programme Polonoroeste lancé par le gouvernement afin d’accélérer le développement au nord-ouest du pays. De nouvelles routes drainèrent une vague d’immigration de près de 200 000 colons par an dans la région, dont l’impact sur la forêt fut dévastateur, à tel point que Polonoroeste fut désigné par la suite comme un désastre socio-environnemental sans précédent. La Banque mondiale, cofinanceur du projet, avait pourtant exigé qu’une partie des fonds soit allouée à la protection des aires indigènes et au bien-être de leurs peuples, mais celle-ci fut détournée. Les Anciens des tribus, démunis, cédèrent le pouvoir aux jeunes qui tombèrent dans les dérives de la société occidentale et perdirent leurs traditions en même temps que leur autonomie. Outils, vêtements, nourriture, etc. devinrent des besoins incontournables. Pour y répondre, pour la première fois au milieu des années 80, certains membres Suruí se laissèrent tenter à leur tour par des compensations financières contre la coupe illégale de bois sur leurs terres. Cette pratique devint monnaie courante et les chefs perdirent le contrôle de la situation. Cela ouvrit le pas à une politique de gestion à court terme des ressources de la forêt.

Laetitia SuruiCrédit Photo: Aquaverde

Pour la reconnaissance des droits indigènes

« Au fond, que voulaient ces hommes en vendant le bois de notre territoire ? Ce que veut chacun de nous : nourrir sa famille. Ma responsabilité était donc de leur donner un autre moyen de le faire. » C’est sur ce credo qu’Almir Narayamoga Suruí, élu chef de son clan en 1992 à l’âge de 17 ans, axa son engagement. Né et grandi dans la lutte auprès de son peuple, éduqué par son père à respecter et dialoguer avec les esprits de la forêt, conscient de la richesse inestimable des ressources de l’Amazonie, plus grand réservoir de biodiversité au monde, il fut le premier Suruí à accéder à des études universitaires. Ses objectifs initiaux furent d’inciter les siens à renouer avec leurs traditions, malmenées par les missionnaires – rituels, peintures corporelles, organisation sociale, etc.-, de permettre aux enfants d’accéder à l’instruction tant en portugais que dans leur langue native le tupi-mondé, et enfin de former des agents de santé indigènes au traitement des nouvelles maladies. Pour la première fois depuis le contact, ils assistèrent à une hausse de leur démographie. En 1994, Almir devint coordinateur du mouvement indigène de l’état du Rondônia et responsable pour l’environnement de la Coordination des Indiens d’Amazonie brésilienne. Avec d’autres mouvements sociaux, ils organisèrent diverses manifestations, bloquèrent des voies de communication et dénoncèrent la corruption du gouvernement. Ils rencontrèrent ensemble en 1999 aux Etats-Unis le directeur de la Banque mondiale et purent enfin obtenir de leur gouverneur de leur rendre la part des emprunts qui leur était due.

Reforester l’Amazonie

En 2003, Almir fut confronté aux dissensions qui déchiraient son propre peuple, certains membres continuant à passer accord avec les madeireiros2. Il réunit alors les différents clans Suruí et leur demandèrent d’imaginer des alternatives à la déforestation, génératrices d’argent « propre ». Quand il proposa lui-même de planter des arbres dans toutes les zones déforestées, il obtint pour réponse la stupéfaction puis les rires de ses proches. « Planter des arbres en Amazonie, c’était comme vouloir mettre de l’eau dans la mer ! »

Il finit par fédérer le soutien de l’ensemble de son clan et développa un plan de gestion durable de la forêt sur cinquante ans, dans le but de libérer sa tribu de la dépendance aux aides gouvernementales et de réorienter leur économie sur des activités écologiques rentables.

Retrouver l’article complet dans Sacrée Planète n°71
www.sacree-planete.com

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